Histoire de la Colombie de la conquête à nos jours – Jean-Pierre Minaudier
Ed. L’Harmattan, coll. Horizons d’Amérique Latine, Paris, 1997
Entrée en matière indispensable. Clair, documenté et écrit par un fin connaisseur de la Colombie. C’est l’idéal pour se familiariser avec l’histoire du pays.
Invading Colombia, Spanish Accounts of The Gonzalo Jiménez de Quesada Expedition of Conquest – J.Michael Francis
Penn State Press, coll. Latin American Originals 1, University Park, Pennsylvania, 2007
Comme la relacíon de Quesada a été perdue, on ne connait les détails de son entrada que par des témoignages indirects, notamment ceux des capitaines Cespèdes et Lebrija, qui furent chargés de rédiger un rapport destiné à Charles Quint lui-même. Ce sont ces textes (expurgés de leurs passages les plus fastidieux, comme les comptes scrupuleux de Lebrija, le trésorier de l’expédition) qui sont rassemblés ici et traduits en anglais. Une aubaine inespérée pour moi qui ne suis pas hispanophone. Les textes s’accompagnent en plus d’un appareil historique tout à fait remarquable.
Quesada of Colombia – Ronald Syme
William Morrow & Co, New York, 1966
Bien moins romanesque que Cortès et surtout Pizarro qui est son contemporain, la figure de Quesada n’a pas soulevé d’enthousiasme démesuré chez les historiens et il n’existe qu’assez peu d’ouvrages qui lui sont consacrés. Au point qu’il subsiste encore dans sa biographie des zones d’ombres et des incertitudes – d’ailleurs bien commodes pour l’humble fictionneur. Aussi aie-je dû me rabattre sur ce que je trouvais, à savoir ce livre destiné à la jeunesse. Question de point de vue (et signe des temps, j’imagine), puisque c’est précisément là où Ronald Syme comble les blancs avec un héroïsme édifiant, que j’ai choisi d’ajouter encore un peu plus d’ombre.
Les Indiens de l’Eldorado - José Perez de Barradas
Payot, Paris, 1955
Les Muiscas non plus n’ont guère passionnés les historiens. Il faut dire que la conquête espagnole survient au moment même où leur civilisation allait prendre son envol. Élan brutalement interrompu et qui ne laisse guère comme sujet d’étude qu’une tribu qui se situe quelque part entre le Paléolithique supérieur et l’Âge du fer. Donc, à la notable exception d’Élisée Reclus (un des pères fondateurs de la géographie moderne et – incidemment – de la pensée libertaire), peu de chercheurs se sont intéressés à eux. Par conséquent, en dépit de son ancienneté, Les Indiens de l’Eldorado, reste le livre de référence sur la question. C’est un remarquable état des lieux des connaissances accumulées sur la civilisation Muisca. État des lieux qui n’a guère progressé, hélas, depuis 1955.
Je signale toutefois, que le professeur Thomas Gómez (voir plus bas) leur a consacré une conséquente thèse de 800 pages à laquelle je n’ai pas pu accéder.
La Vision des vaincus - Nathan Watchel
Folio Histoire, Paris, 2008
Une tentative hardie, mais pas totalement convaincante, de rassembler divers témoignages de la Conquista vue par les populations indiennes. Mais puisque de toutes les civilisations à avoir subi de plein fouet le choc de la conquête, seuls les Aztèques avaient une culture de l’écrit, ce panorama est très largement conditionné par leur vision du monde et leur cosmogonie. Les témoignages des autres ethnies, et notamment des Incas, sont le plus souvent le fait d’Indiens évangélisés dont la perception est déjà occidentalisée.
1491, Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb - Charles C.Mann
Albin Michel, Paris, 2007
Ouvrage plus périphérique mais absolument fascinant, conseillé par Gilles Dumay. C’est un état des lieux de la recherche archéologique qui s’attache essentiellement à un ensemble de théories, pour l’heure minoritaires, qui toutes tendraient à réfuter la vision d’un continent presque vide au moment de la Conquista. Mann va même plus loin, en prétendant que le peuplement amérindien était peut-être antérieur à celui de l’Asie centrale.
Un livre qui pulvérise pas mal de clichés et avance ses arguments avec cette force de conviction propre aux ouvrages de vulgarisation anglo-saxons.
L’invention de l’Amérique, mythes et réalités de la Conquête - Thomas Gómez
Aubier, Paris, 1992
Le livre à ne pas manquer sur la Conquista. Remarquablement écrit par Thomas Gómez, qui s’attache à déboulonner tous les mythes que l’on y associe. C’est surtout un travail absolument passionnant sur les prérequis de la Conquête et qui la recontextualise de manière tout à fait brillante.
Les conquistadors espagnols – F.A Kirkpatrick
Payot, coll. Petite bibliothèque Payot, Paris, 1992
En fait la réédition non corrigée d’un ouvrage beaucoup plus ancien, et ça se sent. Pas très original ni très intéressant, mais utile pour se construire une échelle temporelle de la Conquista et pour se familiariser avec ses figures les plus emblématiques.
FARC, une guérilla sans fin ? - Daniel Pécaut
Éditions Lignes de répères, Paris, 2008
Remarquable ouvrage sur ce qui est encore, à ce jour, la plus ancienne guérilla du monde. Une point de vue sans concession, lucide, mais qui se refuse à tout parti pris. Sans doute ce que l’on peut trouver de plus historiquement irréprochable sur la question.
FARC, Confessions d’un guérillero – Pascal Drouhaud
Ed. Choiseul, Paris, 2008
Très mauvais livre que ce portrait, vraisemblablement composite d’un “soit-disant“ guérillero des FARC, trop parfaitement symptomatique de la nouvelle génération du mouvement pour être crédible. Lorsqu’en plus, on sait que l’auteur est un ami personnel de l’ex-président Uribe, on a du mal à ne pas songer à une entreprise de désinformation commanditée par Bogotá. J’en ai néanmoins retiré quelques informations exploitables sur l’organisation des FARC et sur la vie quotidienne d’un guérillero.
Captive – Clara Rojas
Plon, Paris, 2009
Coup éditorial sans grand intérêt, torché à toute vitesse par un nègre en manque d’inspiration. Il est vrai qu’à l’époque de sa sortie il fallait se dépêcher, des fois qu’Ingrid Bétancourt sorte le sien avant... Quelques informations utiles cependant sur la vie dans les campements FARC.
Contre-insurection, Théorie et pratique – David Galula
Ed. Economica, Paris, 2008
Petit opuscule tout à fait étonnant écrit par un modeste lieutenant-colonel de l’Armée de Terre, compagnon de la Libération, affecté en Chine après la guerre, il assiste à la victoire du PCC, participe à la guerre d’Indochine et à la guerre d’Algérie. Son manuel est inspiré de ses observations sur le terrain et est devenu le bréviaire indispensable de la lutte anti-guérilla. Il va sans dire qu’en ces temps de guerres non-conventionnelles, il est devenu un incontournable pour pour la formation des officiers, en France mais aussi aux États-Unis où il est étudié, en même temps que Von Clausewitz et Sun-Tzu.
Œuvres I : Textes militaires – Ernesto Che Guevara
Ed. Maspero, FM/Petite collection Maspero, Paris, 1968
L’exact contraire du livre de David Galula. Il s’agit ni plus ni moins d’un manuel pratique du parfait guérillero, fondé sur la propre expérience du Che durant ses campagnes cubaines. C’est d’une lecture passablement aride, très utilitariste et jette sur le personnage un éclairage inhabituel, assez éloigné de cette vision ridiculement romantique pour lycéens de Terminale.
Les armes de guérilla – Jean-Louis Brau
Balland, Paris, 1974
Une sorte de classique du genre, écrit par un vieux de la vieille du journalisme d’investigation des années soixante et surtout soixante-dix. Une espèce de Rouletabille moderne et un peu mauvais genre qui livre ici un portrait de toutes les guérillas du monde et de leurs tactiques les plus marquantes.
Biografiás de hombres ilustres ó notables, Relativas á la época del Descubrimiento, Conquista y Colonización de la parte de América denominada actualmente EE.UU. de Colombia - Doña Soledad Acosta de Samper
Imprimerie de “La Luz“, Bogotá 1883 (Biblioteca Luis Ángel Arango, Blaa digital)
Œuvre utile d’une bourgeoise bogotaña qui s’ennuyait ferme et s’appliqua à rechercher les traces de tous les acteurs de la fondation de Bogotá. Elle s’est donc échinée à retrouver toutes les informations concernant le plus grand nombre possible de membres de l’entrada de Quesada (ainsi que de celles de Federmann et de Belalcazar). Ce n’est parfois qu’une simple ligne pour les plus modestes piquiers, mais c’est souvent une source précieuse et irremplaçable pour les officiers et notamment Quesada et ses capitaines.
Muyskkubun - Diccionario virtual de la lengua Muisca
Projet conduit par les étudiants de linguistique et d’anthropologie de l’Université Nationale de Colombie (Bogotá - 2008)
Projet universitaire totalement dément qui vise à constituer un dictionnaire espagnol-muisca en ligne. Pour ce faire, ils s’appuient sur les textes parvenus jusqu’à nous, sachant qu’il est aujourd’hui établi que les premiers dictionnaires – essentiellement dus à quelques missionnaires de la deuxième vague de colonisation – sont truffés de contresens et d’erreurs piteuses.
Il est à noter que la communauté muisca renaît de ses cendres depuis quelques années et revendique fièrement son indianité, tentant, un peu comme les Sioux l’ont fait à la fin des années soixante-dix aux États-Unis, de préserver une culture qui se perdait progressivement,.
Bolivar, La conscience de l’Amérique (Lettres et discours politiques du Libertador) - Traduit et présenté par Laurent Tranier
Ed. Toute latitude, coll. Esprit Latino, Toulouse, 2008
Tout est dans le titre, il s’agit de l’intégralité des discours du Libérateur du continent sud-américain. L’occasion de voir que les grands d’alors avaient bien plus de lettres que les grands d’aujourd’hui, puisqu’il n’hésitaient jamais à verser dans le lyrisme le plus échevelé.
Étrange oubli de l’auteur, toutefois, qui ne mentionne pas les célèbres derniers mots que Bolivar écrivit à l’un de ses amis, quelques jours avant sa mort :
Bibliographie commentée
Je m’étais toujours juré de ne jamais me lancer dans l’écriture d’un livre qui me demanderait une grosse documentation. Et puis ce qui devait arriver est arrivé et je me suis retrouvé à gérer une lourde bibliographie qui m’a conduit à une révélation inquiétante : ce truc est une drogue ! On n’en lit jamais assez.
D’une qualité inégale, certains de ces livres m’ont toutefois été d’une aide précieuse et n’ayant pas eu la place à la fin de mon roman d’en dire tout le bien ou le mal que j’en avais pensé, je le fais ici pour les curieux qui voudraient se documenter plus avant.
"Vous savez que j'ai eu le pouvoir pendant vingt ans et je n'en ai tiré que quelques conclusions sûres. Premièrement, l'Amérique est ingouvernable pour nous. Deuxièmement, celui qui sert une révolution laboure la mer. Troisièmement, la seule chose que l'on puisse faire en Amérique est d'émigrer. Quatrièmement, ce pays tombera infailliblement entre les mains de petits tyrans..."